Les politiques climatiques en Afrique: adaptation ou atténuation ?

Ce  sont les deux facettes  d’une même réalité. L’atténuation veut s’attaquer à l’origine du mal, notamment traquer les sources d’émission de gaz à effet de serre, responsables de l’augmentation de la température sur terre par rapport à l’ère préindustrielle. L’adaptation cherche plutôt à s’acclimater aux conséquences d’une réalité, notamment celle  de notre mode de production et de consommation fort consommateur en énergie et d’autres ressources naturelles non renouvelables. Donc plus les efforts en amont (au niveau de l’atténuation) seront conséquents, moins lourds seront les dommages ainsi que les réparations en aval (au niveau de l’adaptation).

A première vu, les deux réalités sont semble-t-il inséparables et le texte des accords de Paris (COP21) leur attribue le même poids, du moins en droit international.

Dans les faits, le traitement réservé à chacun des deux efforts de lutte contre les dérèglements climatiques, reste fort disparate.  A cela il y a au moins deux explications :

Sur le plan intellectuel, les recherches scientifiques publiées sur le phénomène de l’atténuation sont abondantes et dépassent de très loin celles réservées au phénomène de l’adaptation. Des centaines de travaux scientifiques ont été publiés durant les 20 dernières années sur les politiques publiques, la recherche scientifique et technologique, le rôle du secteur privé dans la lutte contre les changements climatiques[1]. A cela il faut ajouter le rôle des   Sciences économiques qui a des solutions toutes faites pour intégrer le dérèglement  climatique, traité comme une simple externalité négative, et que l’on peut internaliser dans les coûts de production des pollueurs. Ainsi  le système des prix  et donc du marché peuvent retrouver leurs lettres de noblesse en matière d’allocation des ressources (sanctionner les activités émettrices de CO2, encourager les entreprises qui optent pour des solutions moins polluantes etc.). En témoigne toutes les réflexion menées depuis quelques années sur la taxe carbone comme instrument pour retrouver la vérité de prix dans les activités à forte émission de  carbone, le développement de marché de quotas d’émission (comme en Europe, le  Système Communautaire d'Echange de Quotas d'Emission (SCEQE) où la tonne de carbone est traitée comme une simple marchandises avec des offreurs et demandeurs, un prix qui fluctuent selon les aléas du marché, des intermédiaires aguerris aux techniques financières etc.

L’adaptation quand à elle ne peut être ramenée à une simple question d’imperfection de marché. Lutter contre les migrations climatiques mondiales,  lutter contre des maladies liées à la pollution de l’eau, construire une digue pour faire face à l’élévation du niveau de la mer, l’investissement dans un réseau d’approvisionnement en eau potable ou d’assainissement, renvoient à de véritables problématiques de développement pour les populations des pays les plus pauvres (notamment en Afrique et en Asie). Elles doivent être au centre de politiques avisées plaçant la satisfaction des besoins de l’homme au centre et où la variable climatique doit être un critère parmi d’autres pour sélectionner des projets de développement.

Sur le plan strictement économique, l’atténuation bénéficie actuellement d’un marché de plus en plus vaste où solutions technologiques, biens environnementaux et brevets sont en compétition pour se partager un marché de plusieurs milliers de milliards de dollars. Que ce soit en rapport avec  la  production d’électricité propre, la gestion des eaux usées, la  diminution des pollutions atmosphériques, les pays industrialisés ont développé des solutions prêtes à la commercialisation sur le plan international. Au début des années 2000, l’OCDE a établi une nomenclature harmonisée des biens environnementaux faisant l’objet d’un échange sur le plan mondial[2]. Plus de 160 codes du système harmonisé y ont été mentionnés. Donc les « cleantech » sont aujourd’hui propulsées au rang des priorités dans plusieurs programmes de recherches publiques dans les pays industrialisés, car elles peuvent être  un puissant levier pour la croissance économique et la création d’emploi dans une économie mondiale de plus compétitive.

C’est dire qu’on est en face à deux logiques diamétralement opposées et demandant un traitement différencié. D’un côté une logique technico-économique qui voit dans le phénomène du dérèglement climatique un facteur de risque que l’humanité doit gérer et surtout solutionner, mais aussi d’opportunités d’ »affaires » que peuvent exploiter des entreprises pour créer de la richesses et s’ouvrir de nouveaux marchés au plan mondial. D’un autre côté une logique de développement et d’élévation du niveau de vie des  populations pauvres ou précarisées. Il est légitime que les pays africains  réclament le droit à un développement humain équilibré. Cette logique de développement brouille les cartes des négociateurs et diplomates du climat,   tellement  il est difficile de distinguer nettement les mesures d’adaptation au risque climatique de celles qui sont tout simplement provoquées par l’évolution démographique et économiques dans un grand nombre de pays en développement.

  H. Bougantouche (contact@harmony21.ch)

 

[1] Voir à ce propos les innombrables publications de l’OCDE sur les problèmes environnementaux.  http://www.oecd.org/environment/

 

[2] OCDE, 2001, Biens et services environnementaux : Les avantages d’une libéralisation accrue du commerce mondial, OCDE, Paris.

 

@Alfonse : Article intéressant! Le lundi 21 novembre 2016