Quelles politiques de développement face au défi climatique en Afrique ?

La Cop 22 (conférence des partie dans la cadre de la conférence des Nations Unies sur les changements climatiques) sera africaine et celle des solutions comme l’appelait de ses voeux le chef de l’Etat français Monsieur François Hollande à l’occasion de l’Assemblée générale de l’ONU et de la réunion de haut niveau qui s’est déroulée sur l’Accord de Paris (Cop 21) qui ont eu lieu à New York au mois de septembre. Malgré le choc provoqué par l’élection américaine et l’arrivée au pouvoir d’un climat-sceptique et qui selon plusieurs observateurs pourraient porter atteinte à la dynamique positive enclenchée depuis l’accord de Paris, le temps reste à l’optimisme et à l’action.

En effet, le climat s’invitera et s’imposera dans les décennies à venir comme variable stratégique incontestable des politiques de développement dans les pays en développement. La question du climat sera l’occasion de revisiter de véritables problématiques de développement telle que celle du financement des infrastructures, des transferts de technologie et de la modernisation des politiques publiques, problématiques jetées aux oubliettes depuis plus de trente ans à causes des priorités accordées aux politiques d’ajustement structurel, de sécurité ou de résolution de conflits régionaux dans plusieurs parties du continent avec leur cohorte de problèmes d’alimentation, de santé ou de migration internationale.

 

Les défis africains en rapport avec les risques climatiques sont incommensurables. Phénomènes climatiques extrêmes (inondation, sécheresse, hausse de la température moyenne à la surface du globe), élévation du niveau de la mer, approvisionnement  en eau (potable et d’irrigation), infrastructure  inexistante ou peu/mal adaptées aux phénomènes climatiques. A cela s’ajoute les risques économiques  qui pèsent sur des activités clés dans beaucoup de pays africains tels que l’agriculture, le tourisme et le secteur de la construction etc.,  ouvertement exposés aux changements climatiques. Les conséquences sociales et géopolitiques de ces transformations sont encore plus dramatiques comme en témoigne les nouvelles formes de  migrations internationales (ou migrations climatiques) ou des guerres fratricides dans certaines régions autour de ressources naturelles de plus en plus rares ou des maladies liées aux phénomènes de pollution de l’eau (paludisme, diarrhée etc.) ou de la pollution atmosphérique (asthme par exemple).

 

Incontestablement, l’Afrique est en droit de réclamer une plus grande « justice climatique » ou un traitement préférentiel dans l’application des « règles » climatiques mondiales au nom de la « responsabilité commune mais différenciée ». Deux raisons  peuvent être avancées pour expliquer cette position:

Le continent africain est loin d’être responsables des dérèglements climatiques mondiaux qui, comme chacun le sait, date  du début de l’ère industrielle, il y a deux siècles de cela et qui s’est accéléré depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. D’un côté, la responsabilité des pays industrialisés est indéniable dans l’accélération des phénomènes climatiques extrêmes et d’innombrables études scientifiques le prouvent dans plusieurs régions du monde. D’autre part, le continent est en droit de réclamer sa part du développement et d’amélioration du niveau de vie de sa population. C’est la garantie d’une plus grande stabilité sociale, politique et économique de millions d’être humains.

Malgré cette double « injustice », l’Afrique a signé les accords de Paris et plusieurs pas africains l’ont même ratifié.

Trois questions se posent en rapport avec cette notion de responsabilité limitée que réclament la majorité des pays africains :

L’Afrique ne doit-elle pas juste orienter les débats sur les dérèglements climatiques vers des politiques d’adaptation plus que sur la question de l’atténuation ? autrement dit est ce que le problème est surtout celui des infrastructures pour le développement ou de verdissement de l’économie (économie décarbonée) ?
La question financière  peut-elle à elle seule résoudre tous les problèmes qui empêchent beaucoup de pays africains à s’intégrer dans le régime climatique international ? quelle est la part que l’on doit réclamer au nom du climat et quelle est celle qui doit juste rentrer dans le cadre du financement du développement ? Ne doit-on pas expérimenter d’autres modalités de financement d’infrastructures plus résilientes aux changements climatiques ?
Puisque la COP 22 sera africaine et celle des solutions, est ce que les  Etats africains ne doivent-ils pas aussi  expérimenter d’autres voies parallèles et mettre en place des actions  afin de mieux orienter les comportements de leurs concitoyens au nom de la stabilité du climat pour les générations actuelles et futures ? autrement dit, ne doit-on pas enfin dépoussiérer les politiques publiques africaines, trop centralisées et accès sur les infrastructure et le capital physique (routes, réseau de distribution d’eau, d’électricité etc.), certes d’une importance stratégique,  et passer à de nouveaux arrangements institutionnels donnant plus de place au citoyen africain qui, de par son comportement, peut être un rempart naturel dans la lutte contre le dérèglement  climatique ?

H. Bougantouche (contact@harmony21.ch)